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Micah. P. Hinson
En 1995, je joue le chef des chouans (eh oui...) dans un spectacle son et lumière de l'abbaye de Bon Repos. Le site est magnifique, la représentation grandiose, et se conclut au bout de trois heures par la descente de tous les participants, un flambeau à la main face au public. Il faut imaginer ce que peut représenter ce genre de moment : faire partie d'un ensemble, lent et sinueux, qui éclaire la nuit de modestes torches. J'ai un faible potentiel mystique, mais je dois avouer que ce fut comme une révélation : en cause, une sublime version du canon de Pachelbel, qui seule occupait l'obscurité de notre marche silencieuse. Quelques jours après, je me procurais l'interprétation parfaite de Karajan, une potentielle madeleine.
2005, lors d'un court trajet en voiture pour aller au boulot, une collègue glisse dans l'auto-radio l'album de Micah P. Hinson and the gospel of progress. Et je reste interdit : en écoutant Don't you, je réalise que je ne sais rien, et que le monde continue de tourner en ignorant qu'une telle beauté existe. Quelques heures après, je file chez mon disquaire préféré pour acheter l'album. J'ignore tout de l'artiste ou de l'oeuvre, mais des titres comme Beneath the rose ou Close your eyes suffisent amplement à raviver délicieusement ma fibre mélancolique.
2007. Dans un café, au pied d'un hôtel madrilène, je prends mon petit déjeuner réchauffé par quelques rayons matinaux. En consultant distraitement un périodique qui trainait, je tombe sur un article consacré à Micah. P. Hinson. Je découvre alors les multiples vies d'un homme plus jeune que moi, faites de drogue, d'abus, de désespoir amoureux. D'un coup, j'ai envie de confier à mon plus proche voisin que je connais ce type, et que ce hasard éditorial me laisse songeur.
2011, j'assiste à une pièce de théâtre contemporaine. La mise en scène est remarquable, le jeu des comédiens parfait, quand tout à coup, lors d'un intermède musical, je suis alerté par ce qui vient nous caresser les oreilles. Un morceau en deux temps, où je reconnais d'abord, ému, le thème de Pachelbel, puis après réflexion, la voix si caractéristique de P. Hinson. J'ai alors envie d'hurler au génie dans la salle. Et d'attendre tout le monde à la fin de la représentation pour leur faire noter son nom. A la place, je file sur internet découvrir ce magnifique e.p inconnu, A dream of her. Dont je n'écoute, obsessionnellement, que le titre éponyme.
2012, pour les besoins de cette chronique, je replonge dans la discographie du chanteur. Et tombe sur Me and You. Présent sur le même e.p. Sauf qu'il m'aura fallu un an pour le découvrir.
Micah P. Hinson fait partie de ces artistes qui s'imposent à nous. Qui traversent sporadiquement nos vies et se rappellent régulièrement à notre bon souvenir. Dont chaque morceau est si dense, si chargé émotionnellement de toute la sublime douleur du monde qu'on ne l'écoute qu'avec parcimonie et recueillement. Avec cette capacité de figer en quelques secondes un pan de nous-mêmes. Comme un vieux copain qu'on ne revoit que trop rarement.
Quelques morceaux choisis :
Et un chouette hommage à la blogothèque.
1. Aline - Regarde le ciel
2. Theodore paul & Gabriel - Please her, Please him
3. Concrete Knives - Be your own king
4. Nick Cave & The Bad Seeds - Push the sky away
5. Patrick Watson Adventures in your own backyard
6. Grizzly Bear - Shields
7. Foals - Holy fire
8. Villagers - Awayland
9. Mondrian Isn't it fun ?
10. Sixto Rodriguez - Cold Fact